Imaginez le leader mondial de l’outdoor, pionnier de l’écoresponsabilité, confiant à trois acteurs nantais un stock de pantalons de pêche non réparables pour les transformer en accessoires de haute qualité. C’est la belle réussite d’Artefact, de la Fabrique d’Arakné et de Boréal !

« Notre histoire avec Patagonia a commencé il y a trois ans, lors d’un déplacement dans leurs bureaux à Amsterdam », témoigne Maxime Labat, cofondateur d’Artefact, une société nantaise née sous le nom de La Virgule en 2020, avant de changer de nom en 2024. « À l’origine, nous étions simplement venus leur proposer une solution pour gérer leurs retours clients et leurs produits techniques irréparables ». Patagonia se positionne alors en simple fournisseur de matières premières pour les créations d’upcycling* d’Artefact.

Le défi : revaloriser un équipement de pêche ultra-technique

« Mais au fil du temps, en constatant la qualité et le design des pièces que nous arrivions à concevoir, et parce que nous partageons des valeurs communes fortes, notre relation a pris une tout autre dimension », se remémore Maxime Labat. « Ils nous ont demandé de concevoir une collection exclusive sous leur propre marque pour être vendue dans leurs boutiques européennes. Ils avaient un stock de centaines de waders — ces combinaisons de pêche ultra-techniques — accumulées depuis des années à Amsterdam. »

Patagonia nous a mis au défi d’imaginer des accessoires utiles pour leur communauté de pêcheurs et de surfeurs.

Maxime Labat
Cofondateur d’Artefact

Un trio gagnant dans un rayon de cinq kilomètres à Nantes

Artefact se rapproche alors de Boréal et de la Fabrique d’Arakné (photo des couturières ci-contre). Une collaboration fructueuse qui donne naissance à un sac technique reprenant les 15 poches étanches du haut de la salopette et d’un tapis de change pliable à l’intérieur pour les pêcheurs et les surfeurs. Tout en réussissant le tour de force de localiser l’intégralité du projet à Nantes, dans un rayon de moins de cinq kilomètres ! « Ce partenariat de proximité nous apporte une réactivité et une flexibilité uniques, indispensables pour nous adapter aux spécificités techniques de chaque produit », se réjouit Maxime Labat.

Boreal (Bottière Revalorive l'Emploi avec les Acteurs Locaux) agit comme entreprise de l'économie sociale et solidaire afin de réduire le chômage sur le territoire délimité dans l'expérimentation Zéro Chômeur de Longue Durée de Bottière, Pin Sec, Perray, Ranzay. Visite de l'entreprise et rencontre avec les salariés lors des portes ouvertes. Pour Elise Van Haele. Nantes, le 26 mars 2026.

Boréal : le maillon social de la découpe de précision

Une fois les waders arrivés d’Amsterdam sur des palettes, ils prennent la direction de Nantes Est, chez Boréal. Créée en mai 2025 sous l’impulsion du projet « Territoire zéro chômeur de longue durée », cette Entreprise à But d’Emploi (EBE) compte aujourd’hui 25 salariés. C’est là que s’opère l’étape du tri, du nettoyage et du démantèlement manuel. « Pour nos collaborateurs, qui ont souvent connu des années d’éloignement de l’emploi, travailler pour des géants comme Patagonia est une immense fierté. Nous prouvons que l’insertion par l’activité économique n’est pas seulement un projet social fort et humain, c’est aussi un outil manufacturier réactif, indispensable au tissu local. », se félicite Aurélien Houille, directeur de Boréal. « Collaborer avec des ateliers d’insertion comme Boréal fait partie intégrante de notre ADN », poursuit, dans la même veine, Maxime Labat. « Pour nous, ces structures représentent la véritable clé de l’industrie de demain. C’est au cœur de ces chantiers que l’on forme les nouvelles générations de professionnels. »

La Fabrique d’Arakné : la créativité et les finitions

Les pièces découpées voyagent ensuite vers la rue Nicolas Appert à Canclaux, chez la Fabrique d’Arakné. Cet atelier de conception-production, fondé par Julia Bourlier, s’est installé dans une ancienne voilerie du XIXe siècle. C’est ici que l’assemblage et les finitions prennent vie, sous les doigts de fée de l’équipe de couturières. « J’avais rencontré Maxime dans le cadre d’un dispositif d’accompagnement mis en place par la SAMOA et spécifiquement axé sur la mode responsable. Maxime a identifié que notre atelier avait des compétences techniques fortes et il nous a fait confiance pour le projet Patagonia », se souvient Julia Bourlier. « En tant qu’ancienne costumière, j’ai l’habitude de travailler avec des ressources limitées et de m’adapter à la matière avec une exigence de finition extrême. Après la livraison d’un premier lot de 300 kits, dont les exemplaires presse ont séduit Patagonia au point de déclencher un réassort immédiat de 200 kits, la production s’oriente vers un horizon de près de 1000 pièces réalisées localement. Grâce à ce partenariat avec Artefact, notre petit atelier prouve sa capacité à se positionner sur de l’ingénierie d’upcycling de haute volée ».

*upcycling : terme anglais (ou surcyclage). C’est un procédé qui consiste à transformer des déchets ou objets inutiles en un produit de qualité ou d’utilité supérieure, sans altérer la matière première, contrairement au recyclage classique.

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Julie LETAN

Julie LETAN

Chargée de développement Economie circulaire et Réemploi

+33 (0)6 73 88 33 91