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« Nantes veut devenir le laboratoire vivant de la mode responsable »

« Nantes veut devenir le laboratoire vivant de la mode responsable »

En quoi Nantes est-elle aujourd’hui l’un des territoires de référence de la mode responsable en France ?

La mode responsable ne se résume pas à l’éco-conception, le recyclage ou le surcyclage. Elle concerne toute la chaîne de valeur, de la recherche en amont à la fabrication locale jusqu’aux nouveaux modes de consommation. Elle répond à plusieurs défis : l’urgence écologique, les enjeux sociaux et la nécessité de relocaliser une partie de la production.

À Nantes, nous défendons une mode qui recrée de l’emploi local, accompagne les entreprises dans leur transformation et responsabilise les consommateurs.

Franckie Trichet
Vice-Président Nantes Métropole

Notre force est de réunir des acteurs très différents : des groupes historiques comme Eram, des entreprises engagées comme Faguo et des jeunes pousses dont le modèle économique repose sur l’économie circulaire comme Artefact. Nous ne voulons montrer personne du doigt. Nous voulons accompagner les historiques comme les émergents et poser une signature nantaise commune.  

Nantes bénéficie également d’un ADN particulier. Notre culture de l’économie sociale et solidaire, notre engagement de plus de 15 ans sur la plateforme RSE, notre tradition d’innovation et notre créativité constituent un terreau favorable. Nous voulons jouer cette complémentarité entre un territoire de création et d’innovation à Nantes et un bassin industriel historique dans le Choletais, reconnu au national dans le luxe. 

Quels leviers permettront de développer une filière de la mode plus circulaire ?

Le premier levier est celui des lieux. Nous voulons créer des Nouvelles Manufactures Nantaises, où designers, artisans, industriels et entrepreneurs pourront collaborer autour de la fabrication, du réemploi et de l’expérimentation.

Le deuxième enjeu est celui du « Re-made in Nantes ». Aujourd’hui, produire entièrement en local reste difficile, mais nous pouvons donner une seconde vie aux matières existantes. Cela suppose d’identifier les gisements disponibles, de développer les savoir-faire liés au réemploi et de former de nouveaux métiers.

Le Re-made in Nantes repose sur deux piliers : la qualification des gisements et les compétences autour du réemploi. C’est cette combinaison qui permettra de faire émerger de nouveaux modèles économiques plus durables.

Pourquoi la coopération entre territoires vous parait-elle essentielle ?

Aucun territoire ne peut réussir seul. La mode responsable se construit grâce aux coopérations entre métropoles, industriels, écoles, laboratoires et créateurs. Nous travaillons déjà avec Lille, mais nous devons travailler avec d’autres territoires européens qui partagent cette ambition comme Bruxelles par exemple.

Notre singularité réside dans l’alliance entre plusieurs atouts : une culture RSE reconnue, un tissu industriel à proximité, des écoles spécialisées, des chercheurs qui travaillent sur les modèles économiques de l’économie circulaire et un réseau d’entreprises innovantes.

Nantes doit fertiliser tout un écosystème, de la recherche et la formation jusqu’à l’expérience client en boutique. C’est cette vision globale qui permettra de structurer durablement la filière.  

Comment imaginez-vous la mode nantaise en 2050 ?

En 2050, je vois Nantes comme la capitale européenne de la création responsable, un territoire où de jeunes créateurs viendront expérimenter de nouveaux modèles de production, de distribution et de consommation. Je souhaite que Nantes devienne un véritable laboratoire vivant, où l’on teste de nouvelles expériences d’achat, de nouveaux matériaux et de nouvelles formes de commerce. Il y aura toute une chaine  public-privé, avec des jeunes émergents comme Artefact ou Valone, puis ceux qui fabriquent, les manufactures, comme La Fabrique d’Arakné, et puis ceux qui sont présents sur toute la chaîne, comme on le voit déjà avec Faguo

Acheter un vêtement ne doit plus être seulement un acte de consommation. On achète aussi une histoire, une matière, des valeurs. D’ici 10 à 15 ans, on veut pouvoir imaginer, tester, expérimenter des nouveaux lieux de vente. Les boutiques auront davantage vocation à faire vivre une expérience qu’à vendre un simple produit. Elles mêleront physique, numérique, ateliers, personnalisation et pédagogie autour des matières et des valeurs véhiculées par un pull, une paire de baskets ou un sac. Faguo mène déjà une réflexion sur ce sujet pour ces futures boutiques.

La filière traverse pourtant une période difficile. Comment accompagner sa transformation ?

Le premier défi est celui de la sensibilisation. Il faut expliquer pourquoi un tee-shirt vendu un euro n’a pas de sens, tout en démontrant qu’il est possible de produire localement à des prix accessibles.

Le deuxième levier consiste à faire connaître les nouveaux métiers du réemploi, de la réparation et de l’économie circulaire.  Les nouvelles manufactures nantaises créeront des emplois porteurs de sens. 

Enfin, il faut soutenir les entreprises qui proposent d’autres modèles de consommation. Les friperies, les ateliers de réparation, les marques engagées et les nouveaux lieux hybrides participent pleinement à la filière.

La mode responsable ne s’arrête pas à la fabrication. Elle va de la recherche jusqu’à la seconde main, en passant par l’expérience client. 

Quel est le principal message que vous souhaitez porter ?

La mode responsable est encore une filière émergente, mais elle reflète parfaitement les valeurs de Nantes : coopération, créativité, innovation sociale et économie circulaire. Nous voulons construire une filière inclusive, où chacun trouve sa place : industriels, créateurs, chercheurs, artisans, commerçants et consommateurs. 

L’objectif n’est pas seulement de transformer la manière de produire des vêtements, mais aussi de faire évoluer notre rapport à la consommation. Nantes a toutes les cartes en main pour devenir un territoire de référence de cette nouvelle économie de la mode.