"Sur le Pont" : À Saint-Nazaire, l’innovation industrielle avance en équipage
En ouverture de l’événement Sur le Pont, la conférence de Ghislain de la Gatinais a donné le ton. À travers le récit de la métamorphose de Saint-Nazaire — « d’un village de pêcheurs à un pôle industriel majeur » —, l’historien a rappelé la capacité du territoire à se réinventer par la diversification, l’adaptation et l’action collective. Un socle historique et culturel dans lequel les acteurs locaux puisent pour répondre aux défis d’aujourd’hui.
9,5 milliards d’euros pour l’industrie nazairienne
Cette capacité à se réinventer s’incarne aujourd’hui dans le poids et la diversité du tissu industriel local. L’industrie nazairienne pèse près de 9,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulés, portée à la fois par l’aéronautique (4,5 milliards d’euros) et la construction navale (un peu plus de 3 milliards), mais aussi par l’énergie (environ 800 millions d’euros), les énergies marines renouvelables (500 millions) et l’agroalimentaire (450 millions). Le secteur vélique s’affirme également comme une filière en développement, avec des retombées industrielles déjà tangibles sur le territoire. Une base industrielle solide sur laquelle le territoire s’appuie pour aborder les mutations en cours.

Innover pour rester compétitif
Dans un environnement industriel puissant mais exposé à une concurrence internationale accrue, la capacité à innover apparaît plus que jamais comme un levier déterminant pour maintenir la performance et préparer les futures évolutions. « La capacité de nos industriels à toujours augmenter leur performance et à se diversifier vers de nouveaux marchés participe en outre à la résilience du territoire », estime Simon Fradet. Le chef de projet Territoires d’industrie salue la présence « d’un écosystème académique et de recherche dense, qui soutient l’innovation, notamment dans la décarbonation du maritime, les nouvelles énergies et les procédés industriels ».
Connecter les PME et ETI aux solutions technologiques
Pour les sous-traitants, qui représentent la majeure partie du tissu industriel, l’innovation ne va néanmoins pas toujours de soi. Faire se rapprocher la « tech » et la « fab » est un enjeu déterminant : il s’agit de faire émerger un écosystème de solutions technologiques qui permette d’améliorer la productivité des entreprises. En retour, les acteurs du numérique trouvent dans le bassin industriel les conditions optimales pour tester et industrialiser leurs solutions.
Cette dynamique vertueuse s’illustre concrètement par le programme « Je choisis ma French Tech locale ». Construit en concertation avec Territoires d’industrie, il consiste à diagnostiquer et cartographier des compétences et des besoins, pour ensuite déboucher sur des formations, des projets pilotes menés avec des industriels locaux et, à terme, sur une plateforme de mise en relation. « Cette déclinaison d’un programme national a été adaptée aux besoins spécifiques du territoire », souligne Pierre Minier, délégué général de la French Tech Saint-Nazaire La Baule Pornic.

L’innovation, ADN des fleurons industriels
Cette dynamique trouve un écho tout particulier chez les grands donneurs d’ordre du territoire. « L’innovation est le seul moyen de rester compétitif face à la montée en puissance de la concurrence chinoise et pour répondre aux mutations environnementales », affirme Stéphane Campion, directeur du site Airbus Atlantic de Montoir-de-Bretagne. Chez Airbus, cette stratégie se traduit par des investissements de plusieurs milliards d’euros chaque année en recherche et développement. Aux Chantiers de l’Atlantique, l’innovation s’inscrit dans une logique d’amélioration continue, en parallèle de démarches de progrès de long terme.
Même conviction chez Raphaël Baillot, directeur de l’innovation technologique et des partenariats au sein du groupe LACROIX. « Face à un contexte sociétal rythmé par des crises et des accélérations technologiques comme par exemple l’essor de l’IA, il est essentiel, de s’appuyer sur la force du collectif pour innover et développer des solutions utiles. Chez LACROIX, l’innovation sert notamment la stratégie d’impact positif du groupe. »
Près de 15.000 nouveaux emplois attendus à Saint-Nazaire
Malgré la haute technicité de leurs activités, tous les intervenants s’accordent sur le rôle central de l’humain. « Notre industrie reste très manufacturière, elle a besoin d’hommes et de femmes compétents, formés et motivés », insiste Stéphane Campion. Une conviction partagée par Vincent Hairon, responsable de la performance industrielle aux Chantiers de l’Atlantique, pour qui la performance se construit aussi avec les équipes des fournisseurs, considérés comme des coréalisateurs, et par Raphaël Baillot, qui associe étroitement performance et résilience : « avoir une vision et faire les bons choix pour assurer la pérennité de l’entreprise ».
Tous saluent enfin la force du collectif nazairien, véritable atout pour relever les défis à venir. Avec un carnet de commandes particulièrement soutenu — commandes fermes à plus de dix ans dans les filières aéronautique et navale — et près de 15 000 nouveaux emplois attendus, les industriels alertent néanmoins sur les enjeux concrets liés à cette dynamique de croissance, notamment en matière de formation et de logement.

Les coulisses de collaborations réussies
Cette culture de la coopération s’illustre enfin à travers deux retours d’expérience. Confronté à la nécessité de réinternaliser certaines activités sur un site contraint, Jean Dussetour, dirigeant d’Idea Industries, s’est appuyé sur les solutions de bâtiments modulaires et démontables de Spaciotempo. Une rencontre rendue possible grâce au réseau Neopolia.

Autre exemple de collaboration fructueuse : dans le cadre du programme DIVA piloté par Atlanpole, la startup MaestrIA a accompagné Geps Techno dans l’optimisation de la maintenance de ses bouées, utilisées pour les études de gisement éolien. En exploitant les données existantes à l’aide d’outils statistiques pragmatiques, sans recourir à une IA complexe, le projet a permis de générer une économie de 250 heures par an.
Au fil des échanges, une évidence s’impose : à Saint-Nazaire, l’innovation industrielle progresse rarement en solitaire. Elle avance en équipage, portée par un territoire où la coopération entre industriels, acteurs de l’innovation et partenaires publics constitue un véritable avantage compétitif, et un levier stratégique pour relever collectivement les défis industriels de demain.