Entreprise à mission : et si c’était le bon moment pour s’engager ?

Plus de 2500 entreprises ont adopté la qualité de société à mission en France, ce qui représente plus d’un million de salariés. Et la dynamique continue de s’accélérer, comme l’a souligné Guillaume Desnoës, co-président de la Communauté des entreprises à mission, avec plus de 500 nouvelles sociétés qui franchissent le pas chaque année. Une tendance bien visible sur le territoire nantais et en Loire-Atlantique, qui compte désormais 86 entreprises à mission. Via ce dispositif créé en 2019 par la loi Pacte, l’entreprise cherche à concilier performance économique et contribution sociétale. Retour sur cette soirée, riche en partages d’expériences et prises de hauteur.

Une mission qui transforme les choix stratégiques

Lors de la première table ronde animée par Ingrid Berthé, co-dirigeante de l’agence de communication B Side et ambassadrice de la Communauté des entreprises à mission, un premier constat est partagé par les intervenants  : une société à mission ne se résume pas à une déclaration d’intention. Pour les entreprises engagées dans la démarche, la mission devient progressivement un cadre de décision et un levier de transformation.

En termes de stratégie d’abord. Président du directoire de Charier, devenu société à mission en 2022, Jean Vidal raconte comment la réflexion autour de la mission a conduit l’entreprise de travaux publics à revoir en profondeur sa stratégie. Certaines activités jugées incompatibles avec ses engagements, comme l’extraction de sable marin, ont été abandonnées au profit de nouveaux métiers dans les espaces verts, l’eau, l’énergie et le génie écologique. Plus que des renoncements, ces choix traduisent un véritable virage stratégique vers d’autres secteurs porteurs, qui sont aujourd’hui d’autres relais de croissance, jusqu’à représenter près de 20 % du chiffre d’affaires du groupe.

De gauche à droite : Ingrid Berthé (B Side), Jean Vidal (Charier), Cécile Delecrin (CETIH), Benoît Thierry (Thierry Immobilier)

Des engagements traduits dans le quotidien

La transformation est aussi ressentie par les salariés. Les engagements liés à la mission irriguent en effet le quotidien des usines. « Lors de la mise en place d’un nouveau système de tri des déchets de production, expliquer que les matières seraient recyclées puis réinjectées dans le cycle industriel a facilité l’adhésion des équipes, malgré des contraintes supplémentaires dans le travail quotidien », explique Cécile Delecrin, leader de production chez Cetih, fabricant de menuiseries devenu société à mission en 2021.

Embarquer les salariés dans un projet collectif

Tous les intervenants s’accordent sur un point : une mission ne peut fonctionner durablement que si elle est portée collectivement. L’appropriation par les salariés passe par des actions régulières de communication et de sensibilisation. Chez Cetih, cette acculturation s’est construite progressivement à travers les supports de communication interne, les échanges autour des projets et la valorisation des réalisations. Selon le dernier baromètre social de l’entreprise, 90 % des salariés adhèrent aujourd’hui à la mission du groupe et plus de la moitié estiment y contribuer activement. « En arrivant chez Cetih il y a vingt ans, je cherchais avant tout un emploi. J’ai découvert une entreprise porteuse de valeurs dans lesquelles je me suis reconnue. », témoigne Cécile Delecrin.

Ancrer la mission dans la culture d’entreprise

Au sein du groupe Charier, plusieurs dispositifs ont également été mis en place pour ancrer la mission dans la culture d’entreprise : création d’une « fresque de la mission », parcours d’intégration des nouveaux salariés autour des engagements du groupe ou encore intégration de critères liés à la sécurité et à la réduction des émissions carbone dans les mécanismes d’intéressement. « Pour embarquer les équipes, il faut rendre la mission concrète et visible dans le quotidien des salariés », insiste Jean Vidal. Chez Hike Talent, entreprise créée directement sous qualité de société à mission, le projet collectif est présenté dès les entretiens de recrutement afin de fédérer les collaborateurs autour d’un « désir commun ». Membre du comité de mission de Hike Talent, Benoît Thierry souligne aussi l’importance de s’adapter en permanence : « une société à mission doit savoir faire évoluer son modèle tout en restant fidèle à son cap. »

Fabrice Joubert, directeur général de l’agence Nantes Saint-Nazaire Développement, 1ère agence de développement économique à mission de France

Un modèle exigeant, mais utile dans les périodes difficiles

Les échanges ont aussi rappelé qu’une société à mission reste avant tout une entreprise, confrontée aux mêmes réalités économiques que les autres. Lorsqu’il s’agit par exemple de mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l’emploi, comme en 2024 chez CETIH.  Également élue du CSE, Cécile Delecrin estime que la qualité de société à mission a favorisé un dialogue collectif «pour prendre les mesures les moins difficiles possibles pour les salariés concernés ». Selon elle, sans ce cadre, les arbitrages auraient pu être menés de manière plus isolée, avec des conséquences plus lourdes.

Cette capacité à traverser les périodes de tension a été largement reprise lors d’une seconde table ronde animée par Anne-Claire Périn – DRH de Cetih et ambassadrice de la CEM – réunissant Laurent Berger, directeur de l’Institut Mutualiste pour l’Environnement et la Solidarité, et Geneviève Ferone Creuzet, cofondatrice de Prophil et experte en RSE et investissement responsable. Tous deux ont insisté sur le fait que la société à mission ne constitue ni un label ni une garantie de vertu.

Pour Geneviève Ferone Creuzet, le modèle tire justement sa force de l’alignement qu’il suppose entre dirigeants, actionnaires, salariés et parties prenantes externes. Elle voit dans la société à mission un cadre particulièrement pertinent dans un contexte économique plus instable : «l’entreprise à mission fait ses preuves par mauvais temps ».

Geneviève Ferone Creuzet et Laurent Berger

Une responsabilité de l’entreprise vis-à-vis de la société

Au-delà des outils et des méthodes, les intervenants ont défendu une vision renouvelée du rôle de l’entreprise dans la société. Laurent Berger estime que la démarche pousse les organisations à développer davantage le dialogue stratégique avec les salariés et à repenser leur responsabilité dans leur écosystème économique et social. Geneviève Ferone Creuzet y voit une manière pour les entreprises d’anticiper les grandes transformations environnementales, énergétiques et sociétales à venir. Tous deux considèrent que le modèle continuera à se développer sans forcément devenir majoritaire. Et de conclure que « les jeunes générations iront plus facilement rejoindre une entreprise porteuse de sens ».

Pôle EMC2 : »Il faut revoir toute notre chaîne de souveraineté industrielle »

Le Pôle EMC2 organise le salon RIDE, l’événement de l’industrie durable à Nantes le 9 juin. Quels vont être les temps forts de cet événement ? 

Pour cette édition, l’événement RIDE (Rencontres pour une Industrie Durable et Ecoresponsable) mettra à l’honneur la souveraineté industrielle. Cette thématique confirme ce que nous avions anticipé depuis un moment, avec dans notre Manifeste pour une industrie écoresponsable rédigé en 2020, un axe « pour une industrie stratégique pour répondre aux enjeux de souveraineté ». Aujourd’hui, nous avons beaucoup d’exemples qui viennent soutenir cette thèse.

La première approche de la souveraineté industrielle est l’exemple du porte-avions nouvelle génération (PA-NG), qui sera construit sur le territoire Nantes Saint-Nazaire, à Indret. Nous accueillerons le directeur de l’industrie de défense, du ministère de la défense qui viendra nous expliquer comment le ministère s’organise pour structurer son action de soutien à l’industrie de défense. C’est une vision très stratégique.

Un autre temps fort de RIDE portera sur les approvisionnements énergétiques. Le nucléaire est actuellement la deuxième filière souveraine en France, ce qui nous permet de faire face aux problématiques d’approvisionnement en gaz, sans parler du pétrole. Le délégué interministériel interviendra pour nous en expliquer les enjeux. Les chaudières nucléaires du porte-avions et des sous-marins de nouvelle génération seront produites sur notre territoire.

La souveraineté industrielle passe aussi par le financement de celle-ci. Des décisions récentes ont été prises sur le financement de l’industrie, et celle de la défense en particulier. Ce qui nous intéresse est de savoir comment les TPE et PME peuvent capter une partie de cette manne.

Une dernière séquence donnera la parole aux jeunes générations. Quand on est jeune, et qu’on participe à la construction d’un bateau ou d’un porte-avions, a-t-on le sentiment de faire partie de cette souveraineté nationale ?

En quoi l’innovation peut-elle contribuer à rendre l’industrie plus durable ?  

En effet, l’innovation doit contribuer à rendre l’industrie plus durable et écoresponsable. Dans le Manifeste pour une industrie durable et écoresponsable, le parti pris était de dire que chacun a une responsabilité de contribution au développement économique de son entreprise ou de son organisme.

Un exemple concret, c’est celui de l’entreprise Depestele, basée en Normandie, qui produit du lin. Progressivement, ils ont mis en place de la R&D pour diversifier les applications de leurs fibres vers les composites et les biomatériaux techniques. Le Pôle EMC2 les a aidés dans le montage et dans la labellisation de six projets de R&D qui ont tous été financés. Dernièrement, ils se sont fortement rapprochés de Centrale Nantes et de son laboratoire GeM avec des perspectives d’implantation potentielles pour se rapprocher de l’écosystème local très dynamique. Ce cas est une belle illustration de la puissance de cet écosystème.

Au-delà de l’accompagnement des projets d’innovation de nos adhérents, nous portons également l’ambition de deux projets structurants. Premièrement, les systèmes de production autonome. La Chine a certes une longueur d’avance en la matière, avec des exemples très médiatisés comme les robots au marathon de Pékin ou les voitures autonomes.  En Europe, la question n’est pas tant de faire fonctionner les usines sans humains, mais plutôt d’aider les humains à gérer les aléas. Il s’agit aussi d’innover pour ne pas se limiter à la gestion d’une machine, mais en mutualisant les lignes de production de plusieurs usines. Et nous avons une carte à jouer dans l’Ouest sur ces systèmes de production autonomes, en particulier à l’échelle du territoire de Nantes Saint-Nazaire et de la Vendée, car nous avons des experts dans les différentes briques constituant ces systèmes.

Le deuxième axe est celui des systèmes productifs émergents. Les contraintes géopolitiques, réglementaires, sociales, technologiques, mais également toutes les problématiques liées aux limites planétaires vont être de plus en plus importantes. Il s’agit de se projeter à 2050 pour prendre en compte ces contraintes et envisager l’impact sur la production industrielle pour gérer les aléas. Si nous n’anticipons pas, nous ne serons pas en capacité de nous adapter le moment venu.

Les entreprises vous semblent-elles prêtes à faire de la prospective à horizon 2050 ?

C’est un sujet qui est de plus en plus mis à l’ordre du jour. De là à dire que les entreprises sont prêtes, cela dépend vraiment de leur maturité. Le pôle EMC2 est là pour les aider à prendre du recul, en organisant des ateliers, en faisant venir des intervenants pour les faire se poser les bonnes questions, parce que ce n’est pas de la science-fiction.

On devrait d’ici la fin de l’année pouvoir justement proposer une nouvelle version de notre feuille de route technologique intégrant cette vision plus long terme. Ce n’est qu’une première étape sur le sujet qui nous semble clé.

Quels impacts la géopolitique actuelle peut-elle avoir pour les industriels locaux ?

Le premier constat de la situation actuelle, c’est que le modèle qui était le nôtre, un modèle de paix durable, apparait un peu dépassé. Nous devons nous préparer à l’industrialisation de nos moyens d’armement, c’est un sujet de souveraineté. La bonne nouvelle, c’est que la France est second exportateur mondial d’armement, et donc nous avons déjà un savoir-faire.

Le second constat, c’est qu’il faut revoir toute notre chaîne de souveraineté. La priorité des entreprises aujourd’hui est d’assurer leurs approvisionnements, d’avoir la souveraineté sur tous leurs composants, leurs solutions. C’est un sujet qui n’est pas totalement nouveau. A l’instar du titane, matériau importé de Russie, que nous savons aujourd’hui remplacer par le composite carbone par exemple.

A l’inverse, un troisième impact de la situation géopolitique actuelle est qu’elle peut impacter positivement l’activité des entreprises. Soit parce que certaines entreprises locales doivent faire face à une montée en cadence de leur activité en lien avec les besoins en défense ou nucléaire (comme les programmes ECODEF et Péon). Soit parce que leur technologie peut les amener à adresser de nouveaux marchés, comme celui de la défense.  A ce propos, nous voyons les mentalités évoluer, avec des entreprises qui auparavant ne voulaient pas que leur technologie serve à des fins militaires et qui acceptent aujourd’hui de mettre cette technologie au service de la protection des soldats. Les appels à projets sont de plus en plus ouverts aux innovations duales de même que les  financements privés.

La situation géopolitique actuelle peut impacter positivement l’activité des entreprises, si leur technologie les amène à adresser de nouveaux marchés, comme celui de la défense.

Quel message auriez-vous à faire passer à une entreprise qui voudrait s’installer sur le territoire ?

A Nantes Saint-Nazaire, nous disposons d’un écosystème très organisé, avec des filières industrielles fortes, des entreprises qui vont du donneur d’ordre jusqu’à la TPE, et qui ont la capacité à travailler sur différents secteurs en même temps. Nous disposons également d’atouts en termes d’enseignement supérieur et de recherche, que ce soit l’IRT Jules Verne, Nantes Université, l’IMT Atlantique, Centrale Nantes, etc.

Et il y a encore de la place pour accueillir de nouvelles entreprises industrielles, notamment sur d’autres secteurs. Nous avons du foncier disponible, très bien situé à deux pas de l’aéroport ou plus loin. Comme sur la zone INODUS notamment, où nous inaugurerons prochainement le nouveau bâtiment de L’Etoile du Sud.

Accompagner l’industrie durable à Nantes Saint-Nazaire

Le Pôle EMC2 est administrateur de Nantes Saint-Nazaire Développement et contribue à la stratégie du territoire. Il accompagne les entreprises à 3 niveaux :

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Neopolia : « Nantes Saint-Nazaire reste aujourd’hui, au cœur d’une région, fer de lance de l’éolien offshore en France »

Après avoir accueilli le 1er parc éolien offshore français, Nantes Saint-Nazaire confirme son rôle de leadership sur le secteur des EMR. En quoi cet écosystème est-il unique en Europe ?  

Le parc éolien en mer de Saint-Nazaire, 1er en France, reste une très belle vitrine pour le territoire en France, mais aussi à l’international. C’est le résultat d’un travail mené pendant plus d’une décennie qui ne tient pas au hasard, mais qui est le fruit d’une combinaison d’atouts présents à Nantes Saint-Nazaire : les Chantiers de l’Atlantique, l’installation de GE – seule usine de turbines sur l’Europe de l’Ouest-, la stratégie de Nantes Saint-Nazaire Port, spécialisé dans la manutention lourde et la présence d’une supply chain locale en capacité de  répondre aux besoins industriels de production, de logistique et de maintenance des parcs éoliens en mer.

Le territoire a toujours été précurseur de la filière de l’éolien en mer, grâce à un savoir-faire reconnu sur le maritime, puis avec les éoliennes testées au Carnet, la première éolienne flottante Floatgen faite en partenariat avec Centrale Nantes et les acteurs du territoire et testée sur SEM-REV. En matière de concentration des équipements, la région est assez unique et peu de territoires en Europe peuvent rivaliser avec cette combinaison d’éléments présents à Nantes Saint-Nazaire.

Nantes Saint-Nazaire reste aujourd’hui au cœur d’une région, fer de lance de l’éolien offshore en France. Nous bénéficions de tout un écosystème à la pointe de l’innovation, avec une concentration d’acteurs qui va de la recherche avec Nantes Université, l’accompagnement de projets innovants par le Pôle Mer Bretagne Atlantique aux essais et prototypages avec le site du SEM-REV opéré par la fondation Open C ou encore les bassins de Centrale Nantes, et enfin à l’industrialisation à travers le réseau Neopolia en bout de chaine qui se positionne sur la phase industrialisation et commercialisation.

Juliette Mouchet, Responsable cluster Eolien offshore et EMR à Neopolia et Hugo Kühn, Vice-Président éolien offshore et EMR à Neopolia

Le cluster Neopolia structure et anime ce réseau industriel. Quel rôle joue-t-il dans le contexte actuel ?

Dans les énergies marines renouvelables (EMR), les marchés sont très longs, avec des appels d’offres qui durent plus de 10 ans. Le rôle de Neopolia est d’accompagner les entreprises sur le marché dans les phases amont du projet en créant des conditions favorables à l’intégration des TPE/PME/ETI dans le schéma industriel des porteurs de projet.

Le rôle de Neopolia va être de capitaliser sur la force du collectif pour aller chercher des marchés vers lesquels une TPE ou une PME ne pourrait aller seule. Neopolia va aider les entreprises à gagner en visibilité et être le point d’entrée pour structurer des offres multi-expertises et répondre aux appels d’offres.

Sur nos 200 membres de Neopolia implantés en Pays de la Loire, plus de 70 entreprises interviennent dans l’éolien offshore et les EMR, une grande partie d’entre elles  sont présentes sur le territoire de Nantes Saint-Nazaire. Cela passe également par l’organisation d’événements où les membres vont pouvoir discuter avec des acheteurs et donneurs d’ordre dans la filière.

Enfin, nous avons un rôle de lobbying positif qui consiste à faire valoir le savoir-faire local auprès de l’État et de toutes les institutions pour la préservation de l’emploi, des compétences et de l’innovation. Un travail que nous menons avec d’autres territoires dans le cadre de l’alliance des clusters France Offshore Renewables.

Une forte concentration des acteurs à Nantes Saint-Nazaire (source : EMR Pays de la Loire)

L’événement Seanergy se déroule les 19 et 20 mai à Nantes. En quoi cet événement est-il important pour les acteurs de la filière ?

Seanergy, c’est vraiment le rendez-vous incontournable des EMR aujourd’hui en France. Nous avons la chance de l’accueillir à nouveau sur notre territoire. C’est entre 3 500 et 4 000 participants, 200 exposants et 30 % d’internationaux, dont des grands groupes étrangers ce qui est un signe fort. C’est une visibilité internationale pour nos entreprises et pour notre territoire avec de belles opportunités de faire connaître  ses projets, présenter les capacités d’accueil sur les territoires. A Nantes Saint-Nazaire, la dernière édition avait été l’occasion de faire des visites du parc éolien de Saint-Nazaire et les sites et plateformes d’essai du territoire, dont les bassins d’essais de génie océanique de Centrale Nantes.

Le rôle de Neopolia est d’accompagner nos entreprises membres, en leur donnant de la visibilité sur cet événement. Un événement qui présente l’avantage d’aborder les EMR dans un sens large. Notamment, au regard de la récente PPE 3*, dans laquelle sont intégrés les nouveaux projets hydroliens.

Comment se positionne le territoire sur l’éolien flottant ?

En effet, compte tenu des profondeurs marines, si on ne fait pas d’éolien flottant, on va rapidement se retrouver face au mur. Notre territoire est très bien équipé pour développer cette technologie. A commencer par la plateforme SEM-REV qui est l’un des premiers laboratoires d’expérimentation de flottants en France et même en Europe. Cet équipement géré par la Fondation Open-C qui encourage les entreprises innovantes à accueillir des nouvelles technologies sur leur site. C’est le cas avec Floatgen et bientôt Eolink en 2027, deux démonstrateurs flottants sur le même site, ce qui n’est pas rien.

Un autre atout est Nantes Saint-Nazaire Port qui se développe pour accueillir tous ces projets flottants, à travers le projet Eole, dans le contexte du grand plan de décarbonation du territoire de Nantes Saint-Nazaire.  Accueillir les éoliennes flottantes, c’est un enjeu-clé pour un port qui dépend à 70% des énergies fossiles aujourd’hui.

Nous avons aussi tout un foisonnement d’entreprises aptes à répondre aux enjeux de l’éolien flottant tant sur le plan de l’ingénierie, de la fabrication d’équipements que de la maintenance.

Ce qui compte aussi beaucoup pour les entreprises, c’est de savoir qu’ici, elles sont soutenues par un écosystème institutionnel dynamique avec Nantes-Saint-Nazaire Développement, la CCI Nantes St-Nazaire, Neopolia, la Région des Pays de la Loire et le Pôle Mer Bretagne Atlantique.

Si on ne fait pas d’éolien flottant, on va rapidement se retrouver face au mur. Notre territoire est très bien équipé pour développer cette technologie.

Eoliennes destinées au Parc éolien Yeu-Noirmoutier

Compte tenu du trou d’air dans l’éolien offshore jusqu’à 2030 avec l’absence de nouveaux parcs en France, comment les membres de Neopolia feront-ils pour passer cette période, en France et en Europe ?

En effet, pendant les 3-4 années à venir, Neopolia va devoir montrer qu’elle a toute sa place. Nous allons devoir œuvrer pour que les entreprises ne se séparent pas de leurs talents et conservent leurs savoir-faire. Un axe de travail consiste à accroître la diversification pour aller sur les marchés européens, en les mettant en relation avec les clusters européens comme nous le ferons avec l’accueil d’une délégation danoise lors de l’événement Seanergy par exemple.  Neopolia, dans le cadre de France Offshore Renewables, vient aussi de signer un MoU avec les Norvégiens, pour pouvoir partager nos bonnes pratiques sur l’éolien flottant. Nous travaillons à uniformiser les bonnes pratiques avec plusieurs pays européens, c’est le cas avec la Belgique, l’Espagne et la Grèce notamment.

Ce sera également l’occasion pour Neopolia de continuer le travail de structuration des offres industrielles du territoire et leur communication très en amont auprès des porteurs de projets afin d’intégrer les capacités locales aux schémas industriels de demain. Tout ceci va permettre de se maintenir en condition parce qu’à partir de 2030, de nouveaux parcs devraient rentrer en phase de construction.

Concernant le contexte de l’éolien offshore à l’échelle internationale, quelles sont les dynamiques et comment la France et le territoire se positionnent dessus ?

Le marché de l’éolien offshore est en croissance de 12 à 14% par an à l’échelle mondiale. Il est certes très fortement porté par l’Europe du Nord et la Chine. Si la France est assez nouvelle sur ce marché, elle reste l’un des pays les plus dynamiques en Europe en termes d’attribution de nouveaux parcs (seulement 4 pays européens en 2025) et de planification de futurs projets à moyen terme, avec ses 2GW installés en 2026 et un objectif de 18 GW installés en 2037. Neopolia aura un rôle à jouer dans cette ambition pour accompagner le développement en France, mais aussi au sud de l’Europe.

* PPE 3 : Programmation pluriannuelle de l’énergie présentée le 13/02/2026 par le Gouvernement qui présente la politique énergétique de la France pour répondre aux enjeux de consommation et de production d’énergie sur la période 2026-2035.

Une stratégie internationale au service des transitions

Cap sur l’Europe du Nord avec «TRAINsitions»

En quête d’inspiration sur les transitions environnementales et sociétales, l’agence Nantes Saint-Nazaire Développement a mis le cap sur l’Europe du Nord en 2025. Du 19 au 22 mai 2025, la mission « TRAINsitions » a emmené une soixantaine d’acteurs économiques (entrepreneurs, académiques et institutionnels) à Bruxelles, Liège et Rotterdam. Ce voyage, effectué exclusivement en train et en bus, visait à confronter les ambitions locales aux pratiques européennes les plus avancées en matière de réemploi.

À Bruxelles, la délégation a planché sur la décarbonation du transport maritime au Parlement européen. À Liège, elle a étudié la stratégie « Wallonia Circular 2050 ». Enfin, Rotterdam a marqué les esprits par son port fondé sur l’économie circulaire et son centre « De Her ». Véritable « rechetterie », ce lieu permet aux citoyens d’imaginer des solutions de valorisation avec des start-ups au sein d’un incubateur construit à 99 % en matériaux de réemploi.

Des retombées concrètes pour le territoire

L’impact de ces missions a été immédiat. Le collectif créé reste soudé via des projets communs et des candidatures à des appels à projets européens. « En Belgique et aux Pays-Bas, on a découvert des projets de bière au pain. L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps », raconte Katia Tardy de la biscuiterie Kignon. De retour à Nantes, la rencontre avec la brasserie d’insertion Tête haute pour fabriquer une bière à base de mie de pain est devenue une évidence. « On partage les mêmes valeurs et ils sont juste à côté. »  Ces initiatives renforcent l’ambition du label « Nantes, Terre de réemploi », dont la visibilité a été portée lors des Assises nationales du réemploi en novembre dernier.

Décarbonation maritime : l’axe Nantes-Hambourg

Une fois n’est pas coutume, 2025 a mis le cap sur le maritime. En septembre, une délégation s’est rendue à Hambourg dans le cadre d’un partenariat signé en 2024. Ce déplacement a permis la visite du 3e port européen sur les solutions hydrogène et la propulsion vélique. L’objectif était double : valoriser le savoir-faire nanto-nazairien et préparer des coopérations pour le Salon maritime de Hambourg en septembre 2026 (SMM).

Rayonnement : Nantes, un territoire qui inspire et fédère

L’agence ne s’est pas contentée d’explorer, elle a également accueilli des délégations internationales. En septembre, une délégation québécoise a signé à Nantes une charte pour un numérique éthique et inclusif. Peu après, l’ambassadeur du Japon a visité les fleurons locaux de la décarbonation maritime, comme Airseas et Wisamo.

Les collaborations se sont aussi concrétisées tout au long de l’année par les nombreuses rencontres qui ont rapproché les communautés des Audacieux à Montréal et Hambourg. En effet ce sont presque 60 membres au Québec et une quinzaine à Hambourg qui contribuent à faire rayonner Nantes Saint-Nazaire à l’international.

Accompagner l’implantation d’entreprises étrangères

L’équipe de Nantes Saint-Nazaire Développement a aussi accompagné l’arrivée de nouveaux acteurs économiques internationaux sur le territoire. C’est le cas du Montréalais Tree Consulting, qui a bénéficié d’un accompagnement sur mesure pour son installation à Nantes. Comme du Québécois agileDSS qui prendra ses nouveaux quartiers sur l’Ile de Nantes au printemps 2026. A Saint-Nazaire, c’est l’entreprise lituanienne AVS Pipefit, engagée dans la réalisation de l’Orient-Express Corinthian, plus grand voilier de croisière au monde, aux côtés des Chantiers de l’Atlantique, qui a disposé de l’appui de l’équipe pour son installation.

Vous êtes une entreprise internationale et avez un projet d'implantation à Nantes Saint-Nazaire ?

Nadia CHIBOUTI

Nadia CHIBOUTI

International Strategy Manager

+33 (0)6 75 03 59 67

Nantes Saint-Nazaire Développement accueille 50 acteurs du réemploi à la veille des Assises nationales

La matinée s’est ouverte avec Emilie François-Diehl de Re-vert et Elsa Bortuzzo, cofondatrice de la Fresque de l’économie circulaire, qui ont rappelé l’urgence d’agir, mais aussi la puissance du collectif pour accélérer les pratiques.
Les visites d’entreprises ont démarré chez Cyneo, acteur nantais du réemploi dans le secteur de la construction qui héberge plusieurs corps de métier. “Nous sommes un chef d’orchestre au service du réemploi”, explique Anne Bouyé, cheffe de projets qui accompagne des chantiers — comme la future Tour Bretagne — dans l’identification et la seconde vie des matériaux. Dans le BTP, “plus on fait du réemploi, plus on décarbonne« , souligne-t-elle, alors que les obligations réglementaires accélèrent la demande. « On a besoin d’un territoire dynamique. L’économie circulaire est un bon moyen de travailler ensemble et de faire tomber les barrières. Pour que nos adhérents aient accès à plus de gisements « , prône la cheffe de projets de Cyneo, filiale de Bouygues.

« Le gisement est la clé du réemploi »

Le gisement, c’est aussi la clé d’Articonnex, hébergé chez Cyneo, qui revalorise jusqu’à 30 000 tonnes de matériaux par an et développe une usine dédiée au remanufacturing du bois. Chez Articonnex, Emmanuel Morel témoigne de l’immense potentiel de récupération dans la construction. Avec 9 entrepôts et une petite usine de remanufacturing, l’entreprise récupère poutres, portes, bardages ou plafonds pour leur donner une seconde vie. “Le sujet majeur, c’est le gisement. Il faut coordonner très tôt les chantiers pour inscrire le réemploi dans les cahiers des charges« . A la Miroiterie du Réemploi, on récupère le verre pour des projets d’aménagement intérieur. Même logique chez Gueules de Bois, qui transforme les décors et structures du BTP en mobilier ou aménagements sur mesure. Dernier en date, la récupération d’une scénographie du Château des Ducs pour la réalisation d’une borne d’accueil pour Eiffage.

« Des heures d’insertion au m2 »

Parmi les initiatives les plus emblématiques, Bat’IPAC a impressionné par son modèle low tech et inclusif : une chaîne de production dans la construction en carton issu du recyclage, pensée pour des personnes en situation de handicap, capable de transformer 4,5 tonnes de cartons en murs et toitures d’une maison de 90 m² chaque jour. “Le seul matériau avec des heures d’insertion intégrées au mètre carré”, rappelle son directeur Alain Marboeuf.

Les Ecossolies, centre névralgique de l’ESS

La visite s’est poursuivie aux Ecossolies. Ici, l’’économie circulaire prend cette année une nouvelle dimension, avec la foncière solidaire présentée par Emilie Sarrazin, directrice du lieu. Plusieurs startups du réemploi et de l’ESS sont venues pitcher. Dans la santé, Clémence Cornet de Redeem Medical prépare ses premières livraisons de dispositifs médicaux reconditionnés aux hôpitaux.

De l’upcycling textile

Côté upcycling textile, Hedj donne une seconde vie aux maillots du HBC Nantes ou aux polos de la Semitan, quand Artefact transforme voiles de kitesurf et matières techniques en sacs à dos haut de gamme. La fabrique d’Arachne s’inscrit elle aussi dans cette dynamique de la mode responsable en revalorisant les stocks dormants de textile.

Au réemploi de matériel numérique et agroalimentaire

La journée a également mis en lumière les solutions numériques responsables et reconditionnées : AfB, entreprise inclusive employant 20 personnes en situation de handicap à Nantes, ou Modixia, qui collecte et remet en circulation du matériel informatique éco-conçu dans son usine low tech de Saint-Herblain.

Enfin, le réemploi touche aussi la restauration, avec Les Boîtes Nomades, qui opère un réseau de 75 restaurants engagés et travaille avec Naofood, ainsi que Kignon, qui transforme les baguettes invendues — 600 000 jetées chaque jour en France — en biscuits produits par 30 personnes en situation de handicap. « Disney et carrefour sont nos 2 derniers partenaires. Dans le réemploi comme ailleurs, c’est le business qui fait l’impact« , mentionne Katia Tardy, co-fondatrice de Kignon.

La journée s’est poursuivie par les visites d’autres entreprises nantaises du réemploi comme Malakio, Instead et Bout’ à Bout’.

Ce n’est donc pas un hasard si Nantes accueille les 1ères Assises nationales du réemploi et de l’économie circulaire. Une dynamique qui illustre la force d’un territoire où la coopération et l’engagement ouvrent la voie à une économie circulaire créatrice d’emplois et d’impact.

Un projet dans le réemploi ou l'économie circulaire ?

Julie LETAN

Julie LETAN

Chargée de développement Economie circulaire et Réemploi

+33 (0)6 73 88 33 91

Mesurer son impact : quand les données guident la transformation

Émissions de CO2, consommations énergétiques, empreinte environnementale des produitsla mesure d’impact constitue un élément essentiel dans toute démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Et une étape indispensable pour d’identifier des axes d’amélioration et engager des actions.

Mesurer pour comprendre

Pour Maxime Guéguen, la mesure d’impact est loin d’être un exercice purement technique : c’est une véritable clé de compréhension. Au sein de l’équipe Transition écologique de la CCI Nantes St-Nazaire, il accompagne les entreprises en travaillant sur trois axes : la stratégie globale RSE, le bilan carbone, qui permet à l’entreprise d’évaluer sa dépendance aux énergies fossiles, et l’éco-conception des produits et services, en s’appuyant sur l’analyse de cycle de vie (ACV). L’objectif : aider les entreprises à faire des choix éclairés et à mieux comprendre leurs impacts environnementaux. Il prévient toutefois contre une quête de l’exhaustivité qui s’avérerait fastidieuse, voire infructueuse. « Les outils actuels nous permettent heureusement de travailler sur la base d’hypothèses. »

De la prise de conscience à l’action

« Il s’agit d’être globalement juste pour pouvoir appuyer sur les bons leviers », souligne Sébastien Jamet. Le dirigeant de HLP, PME spécialisée dans la performance industrielle et le lean digital, décrit comme un véritable choc les résultats de l’analyse de cycle de vie menée avec l’Ademe. « Nous avons découvert que 80 % de notre impact environnemental était dû à la consommation de minerais liée aux écrans ». Partant de ce constat, l’entreprise a élaboré une feuille de route axée sur quatre indicateurs principaux : l’impact sur les minerais, les énergies fossiles, le changement climatique et, dans une moindre mesure, l’eutrophisation de l’eau. Les effets de cette feuille de route dépassent le cadre de l’entreprise. « Nous sommes aujourd’hui capables d’indiquer à nos clients ce que pèse leur système de lean digital en termes d’émission de CO2 ou d’impact minerais ».

L’énergie comme boussole collective

Pour Hugues Desplanques, la mesure est d’abord une affaire de coopération. Née de l’initiative des CCI de Nantes St-Nazaire et d’Ille-et-Vilaine, la SCIC Estuaire Énergie accompagne aujourd’hui 75 sociétaires — PME, ETI, clubs d’entreprises… — dans leur transition énergétique : planification énergétique, achat d’énergie, maitrise des consommations et valorisation locale de l’énergie. Pour ce faire, Estuaire Énergie s’appuie sur des indicateurs de réduction de la consommation, de baisse des émissions et d’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, avec un fort accent sur la dynamique collective et la coopération entre les membres.

Des données qui transforment la stratégie

Les trois acteurs s’accordent : la donnée n’a de valeur que si elle influence les décisions. Hugues Desplanques cite l’exemple d’un industriel qui a réduit ses coûts et ses émissions en ajustant ses cycles de refroidissement. Chez HLP, elle a réorienté le développement produit : « nous allons présenter à nos clients avec un produit nouveau, peut-être plus couteux, mais dont l’empreinte environnementale serait moindre. ». Ailleurs, la donnée fait évoluer les modèles économiques. 

« Un bilan carbone seul ne sert à rien », martèle Maxime Guéguen, qui insiste sur la nécessité d’intégrer cet outil en amont, afin que l’entreprise identifie sa dépendance à l’ensemble de sa chaîne de valeur. « Dans de nombreux cas, notamment dans l’industrie, jusqu’à 90 % de l’impact provient de la chaîne amont. » Cette prise de conscience devient alors un levier stratégique. « En montrant aux dirigeants que leur activité dépend fortement de donneurs d’ordres très carbonés, on les amène à réorienter leur stratégie commerciale, par exemple, en se diversifiant vers des secteurs moins dépendants des énergies fossiles. Il s’agit d’une bascule à la fois écologique et économique, en lien avec la pérennité de l’entreprise. »

Une normalisation souhaitable ?

Pour Maxime Guéguen, un outil comme le bilan carbone, désormais bien intégré dans les entreprises, permet de parler le même langage. Décliné sur d’autres impacts environnementaux, il permettrait d’offrir une vision plus complète. La flexibilité est toutefois essentielle : un outil trop rigide risquerait de devenir obsolète.

Bien qu’il salue le principe de mettre au même niveau rapport financier et rapport sur l’impact environnemental, Sébastien Jamet pointe la complexité d’une démarche comme la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). « Même pour une PME de 250 personnes, la quantité de données à collecter est énorme. Un équilibre entre normalisation et flexibilité des outils serait sans doute préférable. »

« L’indicateur “magique” n’existe pas, insiste Hugues Desplanques. Ce qui compte, c’est la valeur de la donnée et la capacité à l’exploiter ». La donnée issue des contrats d’énergie et des courbes de charges dynamiques des 75 sociétaires d’Estuaire Énergie constitue ainsi un véritable levier d’action.

De la PME industrielle à la coopérative énergétique, les expériences convergent : la mesure d’impact n’est pas une fin en soi. Elle est un levier d’apprentissage collectif, un outil de cohérence entre performance économique et responsabilité environnementale. Bien utilisées, les données aident les entreprises à mieux se transformer.

Le Neoliner Origin rejoint son port d’attache à Nantes Saint-Nazaire

« Une grande fierté ! » Jean Zanuttini, Président et co-fondateur de Neoline, ne cache pas sa joie d’accueillir à Nantes sous le pont de Cheviré ce géant des mers qu’il a pensé avec Michel Perry, ancien capitaine du Belem, et toute l’équipe de Neoline depuis 2011.

Construit par le chantier turc RMK Marine, le Neoliner Origin a quitté la Turquie le 29 septembre et effectué deux escales françaises, à Bastia et Marseille, avant de rejoindre son port d’attache de Nantes Saint-Nazaire. Ce grand voilier-cargo de nouvelle génération exploitera une liaison régulière entre Saint-Nazaire et l’Amérique du Nord (Saint-Pierre-et-Miquelon, puis Baltimore), véritable première pierre dans la construction de la filière du transport maritime à la voile.

Cinq fois moins de carburant

Doté de deux voiles SolidSail conçues par les Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire, complétées par des moteurs diesel et électriques, il devrait consommer cinq fois moins de carburant qu’un navire conventionnel. « Le grand avantage de ce système-là, c’est qu’au moins elles ne s’abîment pas, contrairement à une voile tissu classique. Leur durée de vie est équivalente à celle d’un navire. Cet équipement peut être réparé, contrairement à une voile tissu qui, au bout de 2 ou 3 ans, doit être entièrement remplacée. Les focs sont en tissu », souligne Jean Zanuttini, président de Neoline. Les mâts ont la particularité de basculer entièrement et de pivoter de 70 degrés. « Cela permet de réduire le tirant d’air de 89 m à moins de 42 m. C’est grâce à ce procédé que l’on a pu arriver jusqu’à Nantes car il a fallu basculer les mâts pour passer sous les ponts de Saint-Nazaire et de Cheviré. »

3 cales pour le transport

Dans les cales, le volume d’embarquement est conséquent. Le navire compte 3 garages d’une hauteur de 7,10 mètres jusqu’à 9,80 mètres. « Par conséquent, on peut prendre deux hauteurs de conteneurs l’un sur l’autre. Un volume important qui permet aussi d’embarquer des colis hors gabarit, hors normes« , explique Jean Zanuttini. Une partie des marchandises ont déjà été chargées à Saint-Nazaire, comme des machines de Manitou ou des voitures Renault. Parmi les autres chargeurs, on compte Clarins, Hennessy, Longchamp, Remy Cointreau, ou encore Groupe Beneteau.

Ce projet visionnaire, estimé à près de 60 millions d’euros, bénéficie du soutien de partenaires majeurs dont CMA CGM et Corsica Ferries, de l’Ademe, parmi d’autres partenaires financiers.

Jusqu’à 12 passagers par traversée transatlantique

Le navire compte 13 membres d’équipage. Jusqu’à douze passagers peuvent également embarquer dans les cabines pour se rendre vers Saint-Pierre-et-Miquelon ou Baltimore, aux États-Unis. Les tarifs débutent à 2800 euros par personne et peuvent aller jusqu’à 6000 euros pour un aller-retour transatlantique.  Quelque 120 passagers ont déjà réservé leur traversée.

Le Neoliner Origin prendra sa route mercredi pour une première traversée transatlantique de 8 jours entre Saint-Nazaire et Saint-Pierre-et-Miquelon.

Neoline positionne Nantes Saint-Nazaire comme un territoire pionnier de la décarbonation maritime et de l’innovation industrielle.

« En 2030, on aura besoin de 5 fois plus d’électricité pour les industries existantes et les implantations de nouvelles industries »

Quelle est l’ambition de Loire Estuaire Décarbonation ?

L’ambition globale de Loire Estuaire Décarbonation (ADELE), c’est d’accélérer la décarbonation du territoire et sa transition écologique et énergétique, alors qu’il dépend aujourd’hui à 70% des énergies fossiles. Depuis 2022, Saint-Nazaire Agglo, Estuaire et Sillon, Nantes Saint-Nazaire Port et une vingtaine d’industriels sont engagés dans cette démarche qui vise à atteindre la neutralité carbone en 2050. La première phase du programme, qui bénéficie d’une subvention de 3,2 millions d’euros de France 2030 via l’appel à projets ZIBaC opéré par l’ADEME, vise à mener des études d’opportunité et de faisabilité pour entamer cette transformation. Une deuxième phase du programme commencera à l’été 2026 sur une durée pouvant aller jusqu’à 5 ans, et permettra de mener des études d’ingénierie plus détaillées

Comment se situe le territoire de Nantes Saint-Nazaire au niveau national en termes d’émission carbone ?

On parle de 5 millions de tonnes par an pour les émissions industrielles de CO2. Ce qui représente la quatrième zone industrielle en termes d’émissions françaises, après Dunkerque, Fos-sur-mer et Le Havre. L’ambition collective, c’est de permettre la résilience de ce territoire dans un monde moins dépendant des énergies fossiles. L’estuaire de la Loire fait partie des 11 zones industrielles bas carbone en France qui travaillent à leur décarbonation.

Deux nouvelles usines de production de carburants de synthèse sont en développement, l’une pour le transport aérien et l’autre pour le maritime

Quel sera le premier projet concret ?

Le territoire Loire Estuaire est un acteur majeur de l’approvisionnement énergétique français, par lequel transite 10% de l’énergie primaire consommée en France. La vision portée par les parties prenantes publiques et industrielles, c’est de pérenniser cet atout dans un monde moins dépendant aux énergies fossiles, et de faire émerger ce qu’on appelle un hub d’énergie décarbonée. Ce hub passera d’abord par l’émergence d’infrastructures énergétiques : réseaux électriques, infrastructures CO2, infrastructures hydrogène, réseaux de chaleur, etc. Sur les réseaux électriques par exemple, il s’agit de multiplier par 5 la capacité électrique du territoire à horizon 2030, un projet porté par RTE à horizon 2030. Cela permettra l’électrification et donc la décarbonation des industries existantes, et l’implantation de nouvelles industries, dont des producteurs de carburant de synthèse. Concrètement, cela passera par un renforcement des capacités de transport d’électricité entre Cordemais et Saint-Nazaire.

Un autre projet concerne le transport et le stockage de CO2 ?

En effet, le projet GOCO2 a pour ambition de décarboner 3 sites comptant parmi les plus gros  émetteurs industriels français : les cimenteries Lafarge-Holcim de Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne) et Heidelberg materials d’Airvault (Deux-Sèvres), ainsi que l’usine Lhoist de production de chaux à Neau (Mayenne). Le CO2 issu de ces sites sera capté et transporté par canalisation jusqu’à un futur terminal CO2 à Montoir-de-Bretagne, d’où il sera exporté par bateau vers des sites de stockage géologique permanent. GOCO2 permettra à horizon 2030 de stocker 2,2 millions de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent des émissions de la métropole de Nantes.

Une partie de ce CO2 pourra-t-elle être valorisée ?  

Effectivement, une fraction du CO2 capté pourra être servir de matière première à la fabrication de carburants de synthèse. Deux nouvelles usines de production de carburants de synthèse sont en développement à Montoir-de-Bretagne et à Donges, l’une pour le transport aérien (e-kerozène) avec le projet Take Kair porté par Hynamics (filiale d’EDF) et l’autre pour les besoins du transport maritime (e-méthanol) avec le projet Green Coast porté par Lhyfe et Elyse Energy. Ce sont des projets qui n’existaient pas encore il y a trois ans et qui devraient voir le jour d’ici 2031. Chacune de ces usines représentent un investissement de l’ordre de 1 milliard d’euros. Ces usines auront par ailleurs des besoins électriques importants, et on voit donc bien l’intérêt du renforcement du réseau électrique qui permet des implantations de ce type et devient un facteur de compétitivité pour le territoire.

Quelles sont les filières industrielles d’avenir pour le territoire ?

Cela fait aussi partie des réflexions. Nantes Saint-Nazaire Port et les collectivités locales regardent comment libérer du foncier public et privé afin d’optimiser le foncier actuel et accueillir de nouvelles implantations industrielles. Ces acteurs réfléchissent également à l’élaboration d’une stratégie d’attractivité du territoire sur des filières industrielles bas carbone, par exemple l’éolien offshore, le transport vélique ou encore le nautisme bas carbone.

Centrale de Cordemais – Martin Biger

L’estuaire devra aussi s’adapter au changement climatique. De quelle manière cette menace est-elle prise en compte ?

En effet, une étude est également menée par Nantes Saint-Nazaire Port et Saint-Nazaire Agglo sur la résilience de la zone industrialo-portuaire face au changement climatique. Elle vise à étudier les vulnérabilités du territoire face aux risques climatiques (submersion marine, tempêtes, inondations, sécheresses, etc.) et à élaborer un plan d’adaptation associé.

On s’intéresse également à la gestion de l’eau, qui est un enjeu important pour le territoire. Il s’agit d’évaluer les consommations d’eau actuelles et futures par les industriels, et d’étudier la réutilisation des eaux usées issues de stations d’épuration pour répondre à ces besoins industriels.

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Caroline  THIBAULT

Caroline THIBAULT

Chargée de développement Industrie et Energie

+33(0)6 15 59 26 30

Décarbonation de l’industrie : 2 implantations majeures

Harmony Energy France, première brique d’un réseau électrique décarboné

À Cheviré, Harmony Energy France, filiale du groupe britannique éponyme, construit son premier parc français de batteries géantes. Ce site stratégique sera raccordé dès l’été prochain, pour une mise en service prévue fin 2026.
L’objectif : stocker l’électricité lors des pics de production renouvelable et la restituer aux moments de forte consommation, en lien avec RTE. Cette solution innovante participe à sécuriser le réseau national tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles.
Avec une puissance de 100 MW, soit 10 % de la capacité actuelle installée en France, le site de Cheviré amorce la création d’un maillage territorial qui comptera une dizaine de parcs similaires à horizon 2030.

F. Scott : une cimenterie bas carbone à Montoir

Autre pilier de cette transition : l’implantation de l’entreprise suisse F. Scott sur le domaine portuaire de Montoir-de-Bretagne. Lauréate de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par Nantes Saint-Nazaire Port, l’entreprise investira 55 millions d’euros dans la construction d’une cimenterie bas carbone sur une parcelle de 6,4 hectares.
Le site, opéré par la société de projet Coastline West, produira 600 000 tonnes de matériaux par an, avec un transport majoritairement maritime et ferroviaire. À la clé : 130 emplois créés, dont 55 directs, et une mise en service envisagée à l’horizon 2027.

Un territoire engagé pour la décarbonation de l’industrie

« Ces deux implantations confirment la vocation de Nantes Saint-Nazaire à accueillir des industries vertes, sobres en carbone« , comme le souligne Martin Devyver, secrétaire général de l’association Loire Estuaire Décarbonation dans un entretien à Nantes Saint-Nazaire Développement. Nantes Saint-Nazaire Port. Les collectivités locales participent à cette démarche en optimisant le foncier actuel et pour accueillir de nouvelles implantations industrielles en vue de la décarbonation du territoire.

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Chargée de développement Industrie et Energie

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Connaître son territoire pour mieux en parler

Connaitre les singularités du territoire pour mieux le faire rayonner. Tel était l’objectif de cette croisière atypique, ponctuée d’interventions de trois acteurs phares : Nantes Saint-Nazaire Port, Naval Group et Estuarium.

La capacité du territoire à se renouveler s’est imposée dès le début du voyage, en longeant des lieux chargés d’histoire en pleine transformation. Sur le quai des Antilles, l’activité commerciale intense a ainsi laissé la place à l’un des lieux de promenade les plus emblématiques de Nantes. Le quartier du Bas-Chantenay, haut lieu de l’histoire navale nantaise, est en pleine mutation pour accueillir des activités économiques innovantes liées à la filière maritime et nautique.

Patrimoine naturel et fleurons industriels

Alors que les rives défilaient sous les yeux des Audacieux, Cécilia Nicolas, directrice d’Estuarium a raconté comment le fleuve s’est façonné au gré de l’activité commerciale et industrielle de Nantes et Saint-Nazaire. Le paysage, qui n’a cessé de se transformer, laisse aujourd’hui une large place à la nature – 22 000 hectares de part et d’autre des rives sont classés en zone Natura 2000 – à l’image des marais en lieu et place d’anciens quais.

Des espaces naturels qui cohabitent avec des sites industriels majeurs. La rive sud abrite l’activité propulsion de Naval Group, leader européen du naval de défense. Autrefois dédié à la construction de navires puis à la fonderie de canons, le site nantais, vieux de 400 ans, fait partie de ces emblèmes qui se sont continuellement adaptés pour répondre aux défis industriels. Ses 1600 salariés (sur 17 000) et 400 sous-traitants sont aujourd’hui spécialisés sur le volet énergie propulsion des sous-marins et des navires de surface. « Chaque nouvelle génération de porte-avions ou de sous-marin implique une transformation industrielle d’envergure », souligne Hélène Le Tarnec, responsable communication du site Naval Group de Nantes.

Un outil industriel en mutation

Un investissement de 200 millions d’euros accompagne cette adaptation à grande échelle, visible en partie depuis le fleuve. On y aperçoit en effet un atelier de chaudronnerie lourde qui permettra d’usiner, de souder des équipements de plus de 200 tonnes, des travaux en cours de réalisation pour les besoins du futur porte-avions de nouvelle génération (le plus grand jamais construit en Europe), prochainement un nouveau quai d’embarquement et des ateliers de montage. « Notre activité se caractérise par de la haute précision appliquée à de très gros volumes », commente Hélène Le Tarnec.

Avec ses 600 salariés et 28 700 emplois induits, Nantes Saint-Nazaire Port — 4e grand port maritime français et 1er port de la façade atlantique — s’impose lui aussi comme un acteur économique majeur de l’estuaire de la Loire. Concentrée principalement sur les zones de Donges, Montoir et Saint-Nazaire, l’activité portuaire s’exerce aussi en amont, dès la sortie de Nantes, avec notamment les zones de Cheviré, Roche Maurice, Cordemais ou Le Pellerin.

Nantes Saint-Nazaire Port a connu nombre d’évolutions majeures depuis ses origines millénaires. Avec deux tiers du trafic actuel lié aux énergies fossiles, il doit aujourd’hui faire face au défi majeur de la transition énergétique et écologique. L’implantation des sites portuaires le long de l’estuaire, au cœur d’espaces naturels sensibles (1 177 ha d’espaces naturels), fait partie de ces enjeux. « Nous réalisons régulièrement des inventaires de la faune et de la flore afin de développer nos activités dans le respect de l’environnement », souligne Ludovic Bocquier, en charge de la décarbonation et de la transition énergétique de Nantes Saint-Nazaire Port.

L’activité portuaire se transforme pour se décarboner

Pour relever ces défis, le port travaille à l’adaptation de ses infrastructures et au développement de filières d’avenir, notamment dans le cadre du programme Loire Estuaire Décarbonation. Cent millions euros d’investissements ont ainsi été réalisés depuis 10 ans pour favoriser l’essor des énergies marines renouvelables, et d’autres projets sont programmés d’ici 2030, à l’image de la plateforme Éole, dédiée à l’assemblage des éoliennes posées et flottantes.

De nombreux projets de transition se développent ainsi sur le domaine portuaire, tels que Green Coast, porté par les startups Lhyfe et Elyse Energy pour produire du méthanol de synthèse à partir d’hydrogène vert et décarboner la propulsion maritime. Sur le site de Donges, le projet Take Kair prévoit la construction et l’exploitation d’une unité de production de e-carburants, destinés à l’aviation. Il s’agit encore du projet Go CO2, qui vise à capter plus de deux millions de tonnes de CO2 dans l’hinterland industriel de Nantes Saint-Nazaire Port. Ludovic Bocquier rappelle également que Montoir-de-Bretagne sera le port d’attache du Neoliner Origin, le cargo à voiles de l’armateur nantais Neoline, qui s’apprête à effectuer sa première traversée transatlantique.

Des Audacieux séduits

Alors que l’Iroko accoste au port de Saint-Nazaire, les Audacieuses et Audacieux semblent ravi·es. « Partir du fleuve pour raconter l’histoire du territoire, cela permet de faire le lien entre Nantes et Saint-Nazaire. Et on a beaucoup de choses à faire ensemble ! » se réjouit Damien Henry, Audacieux nazairien depuis 2021, représentant de l’association « À vos soins ».

Un avis partagé par Géraldine Lecoq, Audacieuse depuis quatre ans, et fondatrice des Nantisiens. « J’ai particulièrement aimé le lien entre Nantes Saint-Nazaire au cœur de cette croisière, mais aussi le fait de revoir des têtes connues et de découvrir de nouvelles personnes, tout ça dans une ambiance nautique, les cheveux au vent sous une petite pluie fine. J’ai adoré ! » 

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Elsa  VENISSE

Elsa VENISSE

Responsable Réseaux et partenariats

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