"Il faut revoir toute notre chaine de souveraineté industrielle"
Le Pôle EMC2 organise le salon RIDE, l’événement de l’industrie durable à Nantes le 9 juin. Quels vont être les temps forts de cet événement ?
Pour cette édition, l’événement RIDE (Rencontres pour une Industrie Durable et Ecoresponsable) mettra à l’honneur la souveraineté industrielle. Cette thématique confirme ce que nous avions anticipé depuis un moment, avec dans notre Manifeste pour une industrie écoresponsable rédigé en 2020, un axe « pour une industrie stratégique pour répondre aux enjeux de souveraineté ». Aujourd’hui, nous avons beaucoup d’exemples qui viennent soutenir cette thèse.
La première approche de la souveraineté industrielle est l’exemple du porte-avions nouvelle génération (PA-NG), qui sera construit sur le territoire Nantes Saint-Nazaire, à Indret. Nous accueillerons le directeur de l’industrie de défense, du ministère de la défense qui viendra nous expliquer comment le ministère s’organise pour structurer son action de soutien à l’industrie de défense. C’est une vision très stratégique.
Un autre temps fort de RIDE portera sur les approvisionnements énergétiques. Le nucléaire est actuellement la deuxième filière souveraine en France, ce qui nous permet de faire face aux problématiques d’approvisionnement en gaz, sans parler du pétrole. Le délégué interministériel interviendra pour nous en expliquer les enjeux. Les chaudières nucléaires du porte-avions et des sous-marins de nouvelle génération seront produites sur notre territoire.
La souveraineté industrielle passe aussi par le financement de celle-ci. Des décisions récentes ont été prises sur le financement de l’industrie, et celle de la défense en particulier. Ce qui nous intéresse est de savoir comment les TPE et PME peuvent capter une partie de cette manne.
Une dernière séquence donnera la parole aux jeunes générations. Quand on est jeune, et qu’on participe à la construction d’un bateau ou d’un porte-avions, a-t-on le sentiment de faire partie de cette souveraineté nationale ?

En quoi l’innovation peut-elle contribuer à rendre l’industrie plus durable ?
En effet, l’innovation doit contribuer à rendre l’industrie plus durable et écoresponsable. Dans le Manifeste pour une industrie durable et écoresponsable, le parti pris était de dire que chacun a une responsabilité de contribution au développement économique de son entreprise ou de son organisme.
Un exemple concret, c’est celui de l’entreprise Depestele, basée en Normandie, qui produit du lin. Progressivement, ils ont mis en place de la R&D pour diversifier les applications de leurs fibres vers les composites et les biomatériaux techniques. Le Pôle EMC2 les a aidés dans le montage et dans la labellisation de six projets de R&D qui ont tous été financés. Dernièrement, ils se sont fortement rapprochés de Centrale Nantes et du laboratoire GeM avec des perspectives d’implantation potentielles pour se rapprocher de l’écosystème local très dynamique. Ce cas est une belle illustration de la puissance de cet écosystème.
Au-delà de l’accompagnement des projets d’innovation de nos adhérents, nous portons également l’ambition de deux projets structurants. Premièrement, les systèmes de production autonome. La Chine a certes une longueur d’avance en la matière, avec des exemples très médiatisés comme les robots au marathon de Pékin ou les voitures autonomes. En Europe, la question n’est pas tant de faire fonctionner les usines sans humains, mais plutôt d’aider les humains à gérer les aléas. Il s’agit aussi d’innover pour ne pas se limiter à la gestion d’une machine mais les lignes de production de plusieurs usines. Et nous avons une carte à jouer dans l’Ouest sur ces systèmes de production autonomes, en particulier à l’échelle du territoire de Nantes Saint-Nazaire et de la Vendée,car nous avons des experts dans les différentes briques constituants ces systèmes.
Le deuxième axe est celui des systèmes productifs émergents. Les contraintes géopolitiques, réglementaires, sociales, technologiques, mais également toutes les problématiques liées aux limites planétaires vont être de plus en plus importantes. Il s’agit ici de se projeter à 2050 pour prendre en compte ces contraintes et envisager l’impact sur la production industrielle et gérer les aléas. Si nous n’anticipons pas, nous ne serons pas en capacité de nous adapter le moment venu.
Les entreprises vous semblent-elles prêtes à faire de la prospective à horizon 2050 ?
C’est un sujet qui est de plus en plus mis à l’ordre du jour. De là à dire que les entreprises sont prêtes, cela dépend vraiment de leur maturité. Le pôle EMC2 est là pour les aider à prendre du recul, en organisant des ateliers, en faisant venir des intervenants pour les aider à se poser les bonnes questions, parce que ce n’est pas de la science-fiction.
On devrait d’ici la fin de l’année pouvoir justement proposer une nouvelle version de notre feuille de route technologique intégrant cette vision plus long terme. Ce n’est qu’une première étape sur le sujet qui nous semble clé.

Quels impacts la géopolitique actuelle peut-elle avoir pour les industriels locaux ?
Le premier constat de la situation actuelle, c’est que le modèle qui était le nôtre, un modèle de paix durable, apparait un peu dépassé. Nous devons nous préparer à l’industrialisation de nos moyens d’armement, c’est un sujet de souveraineté. La bonne nouvelle, c’est que la France est second exportateur mondial d’armement, et donc nous avons déjà un savoir-faire.
Le second constat, c’est qu’il faut revoir toute notre chaîne de souveraineté. La priorité des entreprises aujourd’hui est d’assurer leurs approvisionnements, d’avoir la souveraineté sur tous leurs composants, leurs solutions. C’est un sujet qui n’est pas totalement nouveau. A l’instar du titane, matériau importé de Russie, que nous savons aujourd’hui remplacer par le composite carbone par exemple.
A l’inverse, un troisième impact de la situation géopolitique actuelle est qu’elle peut impacter positivement l’activité des entreprises. Soit parce que certaines entreprises locales doivent faire face à une montée en cadence de leur activité en lien avec les besoins en défense ou nucléaire (comme les programmes ECODEF et Péon). Soit parce que leur technologie peut les amener à adresser de nouveaux marchés. A ce propos, nous voyons les mentalités évoluer, avec des entreprises qui auparavant ne voulaient pas que leur technologie serve à des fins militaires et qui acceptent aujourd’hui de mettre cette technologie au service de la protection des soldats. Les appels à projets sont de plus en plus ouverts aux innovations duales de même que les financements privés.

Quel message auriez-vous à faire passer à une entreprise qui voudrait s’installer sur le territoire ?
A Nantes Saint-Nazaire, nous disposons d’un écosystème très organisé, avec des filières industrielles fortes, des entreprises qui vont du donneur d’ordre jusqu’à la TPE, et qui ont la capacité à travailler sur différents secteurs en même temps. Nous disposons également d’atouts en termes d’enseignement supérieur et de recherche, que ce soit l’IRT Jules Verne, Nantes Université, l’IMT Atlantique, l’Ecole centrale, etc.
Et il y a encore de la place pour accueillir de nouvelles entreprises industrielles, notamment sur d’autres secteurs. Nous avons du foncier disponible, très bien situé à deux pas de l’aéroport ou plus loin. Comme sur la zone INODUS notamment, où nous inaugurerons prochainement le nouveau bâtiment de L’Etoile du Sud.
Accompagner l’industrie durable à Nantes Saint-Nazaire
Le Pôle EMC2 accompagne les entreprises à 3 niveaux :
- Partager des visions à la fois technologiques et prospectives. Le pôle EMC2 a, par son positionnement neutre, cette responsabilité de tiers de confiance. Pour ce faire, nous organisons des conférences, des ateliers.
- Favoriser les échanges pour éviter l’isolement des entreprises. Concrètement, il peut s’agir d’un chef d’entreprise qui revient de Chine ou a découvert une technologie sur un salon, ou un autre en difficulté de recrutement, nous les invitons à échanger.
- Accompagner sur l’innovation technologique et la performance industrielle avec des parcours qui passent par l’audit, l’identification des plans d’action et développement et la recherche de financement public et privé.